Quand on évoque Ryô Sakazaki et Robert Garcia aux adeptes du jeu de combat, soit ils sont inconnus au bataillon, soit -au mieux- il sont cités comme personnages de King of Fighters. Même si cela est vrai, ce sont avant tout les protagonistes d'une série ayant débuté en 1992 et comportant tout de même trois épisodes. Il s'agit d'Art of Fighting, saga ayant émerveillé beaucoup de joueurs dans la première moitié des années 90, tant elle faisant efficacement figure de vitrine technologique pour la Neo·Geo.

Étalage d'effets contribuant à bâtir la légende de la Rolls des consoles, mais innovation également. Nous verrons que pas mal d'éléments ayant constitué les bases du versus fighting des années 90 trouvent leur origine dans Art of Fighting. Charisme de beaucoup de personnages, sombre histoire d'enlèvement, relation étroite avec Fatal Fury, ce dossier se propose de faire découvrir tout cela, ainsi que bien d'autres aspects.

Art of Fighting, série injustement oubliée de l'histoire du jeu de combat, est à l'honneur dans ce dossier à découvrir tout de suite.

 

Les jeux

Plutôt brève avec ses trois épisodes, Art of Fighting est une série qui a fait baver de jalousie nombre de possesseurs de Super Nintendo ou de Mega Drive avec ses deux premiers épisodes. Le troisième, sorti en 1996, c'est-à-dire en plein essor du versus fighting en 3D, est davantage passé inaperçu. Les trois opus de cette saga ont en commun d'avoir chacun deux intros légèrement différentes.



Titre occidental :
Art of Fighting

Titre japonais :
Ryûko no Ken
Taille : 102 Mbits
Sortie : 24 septembre 1992

Le premier Art of Fighting arrive à une époque où Capcom règne en maître dans le versus fighting avec son jeu fétiche, Street Fighter II. SNK a bien tenté un premier assaut avec son Fatal Fury, mais ce fut assez décevant. Il y a également eu World Heroes, signé Alpha Denshi, hélas peu au niveau de son modèle. Avec Art of Fighting, on a le premier rival très sérieux de Street Fighter II. D'ailleurs SNK a puisé son inspiration sans vergogne chez son concurrent (pour tout savoir là-dessus, se reporter au dossier "Capcom et SNK, les frères ennemis").
Art of Fighting plonge le joueur dans une enquête très musclée. Yuri, la sœur de Ryô, a été enlevée par un mystérieux adepte du karaté Kyôkugenryû, caché derrière son masque de tengu. Ryô et son ami Robert parcourent donc Southtown en enquêtant à coups de bourre-pif.
La réalisation d'Art of Fighting est carrément époustouflante à sa sortie. Les personnages gigantesques, les zooms quand on s'éloigne, les pouvoirs dévastateurs, les visages marqués par les coups... Tout respire le luxe et la qualité, le mythe de la Rolls des consoles est en marche.
Hélas très peu accessible avec sa jouabilité curieuse, sa difficulté relevée et ses deux personnages en Story, il ne parvient pas à supplanter le hit de Capcom. Son impressionnante réalisation reste néanmoins saluée de façon quasiment unanime par les critiques de l'époque.




Titre occidental :
Art of Fighting 2

Titre japonais :
Ryûko no Ken 2
Taille : 178 Mbits
Sortie : 2 février 1994

Il faut attendre deux ans pour voir arriver la suite des aventures de nos rois du coup de tatane. Cette fois, Capcom n'est pas le maître absolu du versus fighting comme en attestent les Mortal Kombat II, Samurai Shodown, Fatal Fury Special et autres World Heroes 2. Art of Fighting 2 ne sera donc pas destiné à rivaliser à tout prix avec Street Fighter, ce qui va lui permettre de s'affirmer et de se singulariser encore plus.
Cette fois le scénario est très basique, même si on appréciera l'exacte continuité avec le premier épisode. Yuri est revenue à la maison, Takuma aussi, la famille Sakazaki est très remontée. Elle va donc se défouler lors du nouveau tournoi de combat à Southtown, le "King of Fighters", sponsorisé par le commanditaire de l'enlèvement de Yuri.
Encore plus coloré que son aîné (certains fans préfèrent le rendu plus doux du premier opus), Art of Fighting 2 fait tout autant dans la démesure visuelle et sonore. Les impacts sont surpuissants, les coups ravageurs et les personnages toujours énormes.
Réputé très difficile, Art of Fighting 2 n'aura pas le succès d'un Super Street Fighter II Turbo (son contemporain), ce qui ne l'empêchera pas de montrer, une nouvelle fois, les excellentes capacités de la Neo·Geo.




Titre occidental :
Art of Fighting 3: The Path of the Warrior

Titre japonais :
Ryûko no Ken Gaiden: Art of Fighting
Taille : 298 Mbits
Sortie : 12 mars 1996

Le contexte de la sortie d'Art of Fighting 3 est bien différent. En 1996, les stars du versus fighting s'appellent Tekken 2, Virtua Fighter 2 ou même Battle Arena Tôshinden. La 2D subit une terrible ringardisation, malgré quelques jolies productions signées Capcom, comme Marvel Super Heroes ou Street Fighter Alpha 2. Cette fois, le but est de juguler au maximum l'hémorragie des joueurs se tournant vers les polygones au détriment du bitmap classique.
Côté scénario, on n'est plus dans la continuité, on se concentre sur Robert Garcia. D'ailleurs, le jeu s'appelle Ryûko no Ken Gaiden, qu'on pourrait traduire par "en dehors de la légende".
Lorgnant clairement vers les jeux en 3D avec ses enchaînements et ses relevées délicates tout en gardant les bases des autres opus, Art of Fighting 3 a bien du mal à convaincre en 1996. Et ce, malgré une réalisation de grande qualité. De plus, du côté des consoles grand public, la version Neo·Geo CD est franchement un cran au-dessous de sa consœur à cartouches avec ses personnages plus petits.



D'abord vitrine technologique ultra élitiste en 1992, Art of Fighting a grandement contribué à dévoiler les capacités techniques de la Neo·Geo, faisant de cette dernière la Rolls des consoles. Une victoire de prestige hélas non concrétisée dans le domaine de l'arcade, Capcom et son Street Fighter II' y faisant alors figure de référence absolue.
Le deuxième Art of Fighting a poussé encore plus loin le concept pour arriver à un résultat franchement impressionnant pour l'année 1994. Hélas, entre un Super Street Fighter II Turbo au sommet de son art et un King of Fighters '94 à venir, il n'a, là encore, guère que rencontré un succès d'estime.
Enfin le troisième opus, plus souple, moins ardu, doté d'une réalisation de premier ordre, est arrivé trop tard. Le grand public se tournant sans hésitation vers les Tekken et Virtua Fighter du moment. L'arcade passe à la 3D et le salut de la 2D ne sera pas dans l'étonnement technique, devenu trop difficile. Du côté des consoles grand public, la situation est similaire. Pour un joueur lambda, entre un Virtua Fighter 2 sur Saturn quasi parfait et un Art of Fighting 3 sur Neo·Geo CD seulement "bon", mais trop loin de son modèle, il n'y a aucune hésitation permise. Sans avantage technologique, Art of Fighting n'a plus vraiment de raison d'être. Ce sera le dernier épisode d'une série qui ne survivra partiellement que grâce à King of Fighters.

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