Si 1994 est une année décisive pour SNK (création de sa plus grande série et lancement d'une Neo·Geo destinée à conquérir le grand public), c'est également une période faste pour le jeu de combat en 2D. Il a pu évoluer pendant des années sans réelle alternative, tuant même petit à petit le beat them up. Les titres en 3D polygonale ne sont encore que relativement confidentiels (à part Virtua Fighter 2 et Tekken qui ne sortiront respectivement qu'en novembre et décembre, c'est le désert) et les vedettes du moment s'appellent Super Street Fighter II Turbo, Mortal Kombat II ou encore Samurai Shodown. Les consoles 32-bit à succès (PlayStation et Saturn) ne sont pas encore sorties, c'est donc l'occasion de jouer une dernière fois à des titres classiques en bitmap sans s'entendre dire le fameux "Oui, mais il n'est pas en 3D" qui deviendra le leitmotiv de beaucoup de joueurs lambda dès 1995, ces derniers suivant logiquement l'évolution du jeu vidéo et la 2D commençant alors son basculement dans une ringardisation inévitable.

Bref, tout ça pour dire que depuis 1991 et le succès immense de Street Fighter II, on a eu de tout. Mais alors vraiment de tout : de l'excellent, du bon, du moins bon, etc. Certaines séries ont réussi à se faire un nom, malgré l'ombre terriblement occultante du hit de Capcom. Data East a lancé son Fighter's History et Atlus son Power Instinct en 1993. L'année suivante voit donc logiquement débarquer leurs suites respectives, dont une sur Neo·Geo. Elles ont pris pas mal de poids en un an, en passant de 96 à 122 Mbits pour Karnov's Revenge et de 126 à carrément 228 Mbits pour Power Instinct 2 !
Rencontre entre deux alternatives aux classiques du genre.

 

Karnov's Revenge perd quelques pixels en débarquant sur Neo·Geo, il passe d'une résolution de 320x240 à 304x224. La mise en couleurs très judicieuse (une bonne utilisation de couleurs intermédiaires vaut largement des pixels en plus) permet de totalement masquer cette perte. Les stages sont pour la plupart très colorés et détaillés, sans compter qu'ils changent à l'occasion de la deuxième manche. Les personnages sont strictement identiques à ceux de Fighter's History, hormis le fait qu'il paraissent un peu plus grands à l'écran, diminution de résolution oblige. Ils ont donc un look pas du tout sérieux et très exagéré, il n'y a qu'à voir Karnov et son gros ventre ou Yungmie avec des cuisses qui feraient paraître celles de Chun-Li pour des allumettes pour s'en convaincre.
De son côté, Power Instinct est techniquement plus fin (320x240 pixels) mais cela ne se voit pas réellement à l'écran. Les couleurs y sont souvent plus ternes et, plus gênant, certains stages comme ceux de Reiji ou de Sahad sont terriblement vides. Ajoutons à cela des proportions parfois mal vues, comme lorsque les extrémités de l'aire de combat sont matérialisées par des spectateurs. Ces derniers sont immenses et raides, un sorte de fusion entre des joueurs de la NBA et des gardes britanniques. Concernant les personnages, Atlus n'a beau en être qu'à son deuxième épisode de Power Instinct, l'éditeur les a entièrement redessinés pour un trait plus affirmé. Ils sont tout droit sortis d'une hallucination que les développeurs auraient eue après avoir abusé du saké : l'inénarrable Oume et son dentier volant, l'immense Angela au look de dominatrice ou encore Kinta pouvant se transformer en homme-chien !
Malgré ce dernier bon point, Power Instinct 2 perd cette manche à cause de ses décors manquant de finition.

Karnov's Revenge

 
Joli coucher de soleil dans la savane africaine.
(Karnov's Revenge)

Chez Thin Nen, c'est spectacle son et lumière façon moine Shaolin.
(Power Instinct 2)

 
Clown fait son aérobic du soir aux frais de Ryôko.
(Karnov's Revenge)

Les badauds à gauche doivent mesurer au moins 2m30.
(Power Instinct 2)

 

Karnov's Revenge dispose d'une animation correctement décomposée en ce qui concerne les personnages. Le jeu a été un peu accéléré par rapport au premier opus pour arriver à une vitesse tout à fait dans le ton des jeux contemporains. Défaut regrettable, des ralentissements apparaissent, notamment lors de certains coups. Les décors sont classiquement moins paufinés (dans tous les jeux, les combattants sont logiquement mieux animés que les spectateurs) sans toutefois tomber dans le ridicule. Le sol garde le fameux scrolling ligne par ligne, ce qui est également le cas du jeu d'Atlus.
Ce dernier dispose de personnages bougeant à une bonne vitesse avec une décomposition suffisante, le tout avec moins de ralentissements que son concurrent. Atlus s'est vraiment fait plaisir au niveau des arbitres habillés en marionnettistes qui supportent (dans tous les sens du terme) les combattants. Ils galopent, pleurent, exultent... Pour enfoncer le clou, les stages de Power Instinct 2 possèdent des extrémités destructibles (et parfois ridicules, nous l'avons vu) permettant d'agrandir considérablement l'aire de combat. Enfin dernier détail, les écrans intermédiaires sont plus vivants, plus percutants, on sent bien ici la plus grande taille en mémoire du jeu.
Moins perfectible, bien animé et profitant de plus de détails, Power Instinct 2 remporte le point.

Power Instinct 2


Certains impacts font un peu ralentir le jeu.
(Karnov's Revenge)

Kurara (Clara) est un des nouveaux personnages du jeu.
(Power Instinct 2)


Sympathique effet électrique pour la Secret Attack de Ray.
(Karnov's Revenge)

Ici, les panneaux destructibles permettent d'agrandir ce stage.
(Power Instinct 2)

 

Au chapitre son, Karnov's Revenge fait preuve de qualité mais... d'aucune originalité. Les thèmes musicaux sont assez longs et bien adaptés aux stages auxquels ils sont associés, les bruitages d'impacts claquent à souhait, les voix sont variées et réussies mais... cela reste terriblement classique.
Power Instinct 2 reprend l'univers joyeusement déjanté du premier opus : des chansons souvent bizarres au possible, des mélodies étranges, des voix de qualité et des bruitages "crédibles", si l'on peut dire. Bref, le titre d'Atlus, sans s'illustrer spécialement par sa qualité (un SNK au meilleur de sa forme reste très largement un cran au-dessus), le son de Power Instinct arrive à instaurer une ambiance complètement décalée et originale.
De qualité équivalente à Karnov's Revenge, Power Instinct 2 prend ici le meilleur grâce à sa bande-son unique.

Power Instinct 2


Musiques conventionnelles pour cette suite de Fighter's History.
(Karnov's Revenge)

Les chants de ce stage évoquent les cérémonies Kecak d'Indonésie.
(Power Instinct 2)


Pas très évident d'approcher un Zazie déchaîné.
(Karnov's Revenge)

Les différentes voix du jeu sont de bonne qualité.
(Power Instinct 2)

 

Data East a repris les sprites du premier Fighter's History, mais pas sa jouabilité. Première différence, on passe de 6 boutons à la Street Fighter à 4, Neo·Geo oblige. On n'a donc plus que deux niveaux de puissance pour les coups. Outre les Special Attacks classiques, les combattants de Karnov's Revenge disposent de Secret Attacks. Il s'agit de coups spéciaux réalisables sans condition particulière, il se trouve juste que la combinaison pour les sortir est plus compliquée et qu'ils ne figurent pas dans la notice. Les enchaînements sont plus nombreux et peuvent faire très, très mal. C'est bien précis et un apprentissage permet d'atteindre de sacrés niveaux, le jeu autorisant une bonne marge de progression. Le principe du stun associé à un vêtement matérialisant un point faible est repris. Enfin, petite nouveauté, apparaît le backdash, mais toujours pas de dash avant au programme.
Power Instinct 2 reprend les bases de son prédécesseur : deux niveaux de puissance pour les coups, dash (avec possibilité de frapper), backdash et double saut. Nouveauté intéressante, la Stress Gauge, juste sous la barre de santé. Elle se remplit quand on prend des coups et, une fois pleine, permet de faire une Stress Attack, attaque équivalente des Desperation Moves des autres jeux. Enfin dernière gâterie, certains personnages (Kinta, Kurara et Oume) peuvent se transformer pendant une dizaine de secondes respectivement en homme-chien et jeunes adultes.
Moins précis que son rival, Power Instinct 2 perd ici de peu, malgré ses qualités et nombreuses originalités. Le jeu de Data East a même fini par avoir son cercle de joueurs aguerris, ses tournois au Japon, etc.

Karnov's Revenge

 
Samchay a perdu son bandeau de bras, il va déguster.
(Karnov's Revenge)

La vénérable Oume et son dentier légendaire.
(Power Instinct 2)

 
Joli début de round pour Ray aux dépends de Mizoguchi.
(Karnov's Revenge)

La même Oume s'est transformée en jeune donzelle.
(Power Instinct 2)

 

Dans Karnov's Revenge, tous les personnages sont jouables, même le boss de fin. Le roster de 13 combattants est dans la moyenne des jeux de l'époque, sans s'illustrer particulièrement (Art of Fighting 2 en a 12, Fatal Fury Special en compte 15, etc.). Les parties contre la machine sont bien équilibrées, le jeu étant finissable avec un peu de pratique. Il manque tout de même un vrai mode Versus à Karnov's Revenge.
Power Instinct propose également 13 combattants et le boss (Tane, sœur d'Oume) n'est pas jouable. Jouer contre la machine sera une vraie horreur : passer chaque adversaire relèvera de l'exploit et on sera davantage occupé à chercher la technique de fourbe qui permettra de gagner qu'à jouer. Surtout que le jeu est, de base, réglé sur le niveau de difficulté Hard ! En le mettant en Very Easy (oui, c'est mal), il redevient heureusement plus accessible, mais reste assez ardu sur la fin. Là non plus, il n'y a pas de mode Versus, le gagnant d'un duel devant garder son personnage.
Très équivalents, Karnov's Revenge et Power Instinct 2 font ici jeu égal.

Égalité


Un joli pas en avant en passant de 9 à 13 personnages.
(Karnov's Revenge)

Presque la même chose du côté de chez Atlus.
(Power Instinct 2)


Les Secret Attacks ne figurent pas dans la notice.
(Karnov's Revenge)

Vaincre un CPU intraitable ne sera pas chose aisée.
(Power Instinct 2)

 

 
Bilan
 
 



Eh oui, Karnov's Revenge qui gagne un match ! Et pas contre un faire-valoir de seconde zone. Power Instinct 2 a beaucoup de mérite avec son univers excentrique associé à un roster confortable, le tout emballé dans une réalisation correcte.
Le titre de Data East le surpasse globalement, mais de peu. Plus classique, il conviendra davantage aux joueurs qui veulent encore et toujours du fighting game. Un comble, pour un titre plutôt caricatural sur Neo·Geo, le jeu de chez Atlus poussant encore plus loin le délire. Si on désire avant tout s'amuser sans se prendre au sérieux dans une ambiance délirante ni s'arrêter sur des détails de jouabilité, Power Instinct 2 est plus indiqué.
Pour ceux qui veulent se plonger dans cet univers atypique, outre la version arcade, il existe une adaptation sur PlayStation et, surtout, une lointaine suite sur Neo·Geo : Matrimelee.

Tarma






 
     

   




 

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