Comparer un Fatal Fury à un Street Fighter, c'est un peu vivre le Clásico du Fighting Game. Les deux séries éternelles rivales, à l'évolution parallèle, en sont ici à leur troisième confrontation.

Il y a en 1991 une première salve de la part de SNK avec Fatal Fury, se frottant à Street Fighter II. Le jeu de Capcom est bien supérieur à son rival et l'éditeur enfonce le clou peu après avec un Street Fighter II', encore plus travaillé. SNK revient à la charge à la fin de l'année 1992 avec un Fatal Fury 2 bénéficiant d'une très bonne réalisation. Le jeu sort en même temps que Street Fighter II' Turbo et ne peut s'imposer face à ce dernier. Nous voici à l'automne 1993 et SNK frappe une troisième fois avec Fatal Fury Special. À peine trois semaines après arrive Super Street Fighter II, inaugurant un nouveau système arcade, le puissant Capcom Play System II (CPS-II).

Encore une fois, ayant tiré un peu trop tôt, et devant faire face à un système plus performant que le MVS, il semble que SNK soit condamné à fournir un jeu moins bon que le hit de Capcom. Moins bon ? Eh bien, pas si sûr...

 

Le visuel de Fatal Fury Special est basé sur celui de l'opus précédent. Les 12 décors de ce dernier sont donc repris, non sans avoir été retravaillés en profondeur. Plus colorés, plus finement dessinés, plus détaillés, SNK a mis le paquet pour rendre son jeu attrayant. Ajoutons à cela 4 nouveaux stages magnifiques (sauf peut-être celui de Duck King, un peu en retrait) en désormais trois variantes, et on obtient un jeu à la fois vaste et réussi. Les personnages sont également repris de Fatal Fury 2, avec des modifications mineures.
Pour son passage sur CPS-II, Capcom aurait pu en profiter pour repartir sur de toutes nouvelles bases. Il n'en est rien. Les décors sont tirés des opus précédents et améliorés au passage. Les 4 nouveaux venus ont chacun leur stage, franchement beaux. Super Street Fighter II propose un visuel fin et coloré, quoiqu'ayant un sérieux goût de réchauffé. Quant aux personnages, disponibles en 8 coloris différents, n'ont quasiment pas bougé depuis 1991.
Le niveau est ici très relevé, la victoire se remportant dans les détails. D'aussi bonne qualité mais un peu plus varié, Fatal Fury Special remporte de très peu le point face à un Super Street Fighter II excellent, mais un peu trop vu et revu.

Fatal Fury Special


Le stage de Tung Fu Rue invite à la méditation.
(Fatal Fury Special)

Ici, Vega retrouve ses couleurs de Street Fighter II' Turbo.
(Super Street Fighter II)


Le style graphique est similaire à celui de Fatal Fury 2.
(Fatal Fury Special)

Ken fait subir sa loi à Dee Jay sur fond de coucher de soleil.
(Super Street Fighter II)

 

Apparemment un poil moins rapide que celle de Fatal Fury 2, l'animation se montre moins perfectible, notamment dans le stage de Jubei Yamada. Nombreuses et variées, les postures des combattants sont complétées d'effets de flammes, bien plus réussis qu'auparavant. Désormais, il y a trois versions différentes : petite (Tung et Jubei), moyenne et grande (Big Bear et Krauser). Du côté des décors, on appréciera les nombreux éléments annexes (danceurs chez Duck King, scooters chez Kim, taureaux chez Laurence) ainsi que les fonds en mouvement (Terry, Mai et Andy).
De son côté, les bases de Super Street Fighter II reposent sur la version "The World Warrior", à part quelques nouveaux mouvements çà et là, notamment pour les boss. Certains penseront bien sûr à la nouvelle pose de Chun Li lorsqu'elle effectue son Ki Kô Ken. L'animation est par ailleurs assez rapide (mais moins que celle de Street Fighter II' Turbo) et quelques ralentissemement persistent, malgré le changement de support. Comme pour le concurrent de chez SNK, les effets de flammes ont également évolué. On peut être carbonisé debout, accroupi ou tomber et il y a deux versions différentes : une grosse pour T. Hawk et Zangief et une normale pour tous les autres. Quant aux stages, ils disposent toujours du scrolling ligne par ligne donnant un effet 3D et sont correctement animés, la plupart du temps cela se limitant à une foule effectuant deux ou trois mouvements. La mer - toujours aussi fixe - chez Ken ou les éléphants frénétiques de Dhalsim commencent par exemple à dater sérieusement.
Ayant bien progressé depuis l'épisode 2, Fatal Fury Special se permet de surpasser de peu un Super Street Fighter II effectuant le minimum syndical qu'on attend d'un tel jeu et d'un tel nom.

Fatal Fury Special


De la neige vient agrémenter la troisième variante du stage de Kim.
(Fatal Fury Special)

Duel au féminin : Chun Li contre Cammy.
(Super Street Fighter II)


Mai met le feu ! Big Bear en fait les frais.
(Fatal Fury Special)

On voit bien que c'est un grand personnage qui flambe.
(Super Street Fighter II)

 

Compositions de qualité à base de puissantes fréquences basses et très inspirées, digitalisations vocales nombreuses et d'un bon niveau, bruits d'impacts percutants, le son de Fatal Fury Special est d'un niveau très relevé au regard de la concurrence, aucun souci là-dessus. On pourra regretter que ce soit très largement basé sur Fatal Fury 2 mais quand on voit ce qui s'est fait chez le concurrent Capcom, ce serait pinailler.
Eh bien, justement, cette fois, le Street Fighter en lice propose un tout nouveau son. On oublie les mélodies grésillantes (et fatigantes à la longue) du CPS-I pour profiter pleinement de remix du meilleur goût. Les mélodies, plus complexes, soutiennent au mieux l'action et font honneur au support. Du côté des voix, on a droit à davantage de variété (fini le partage Ryû-Ken-Zangief-Honda) et de clarté. Enfin, les impacts ont perdu en puissance, dommage.
Dans un cas comme dans l'autre, des bruitages annexes (taureaux, éléphants, scooters, chute d'eau, vélos, etc.) accompagnent avec efficacité les différents endroits visités.
De qualité équivalente à son rival, Fatal Fury Special fait ici la différence grâce à sa puissante bande sonore, aussi bien au niveau des coups que de la musique (et puis Mozart, quoi !).

Fatal Fury Special


Un puissant grondement annonce l'arrivée des taureaux.
(Fatal Fury Special)

Dans ce stage, on peut entendre des mouettes.
(Super Street Fighter II)


Combat au sommet sur fond de Mozart : c'est grandiose.
(Fatal Fury Special)

Ryû et Ken ont enfin des voix différentes.
(Super Street Fighter II)

 

Enfin. Oui, enfin. Voici le premier jeu SNK avec de vrais enchaînements (les bugs de Fatal Fury 2 et Samurai Shodown ne comptent pas). Ici, l'enchaînement fait partie intégrante de la jouabilité. Pas très élaborés, certains permettent tout de même de faire de gros dégâts à la barre de santé de l'adversaire. Et lorsqu'elle est rouge, les Desperation Moves sont toujours de la partie... toujours aussi difficiles à exécuter. Ceux qui aiment prendre Geese Howard, Laurence Blood ou Duck King vont avoir du pain sur la planche. Les autres coups spéciaux sortent parfaitement et la liberté de mouvement (avancer accroupi, changer de plan, esquiver en arrière) est toujours de mise. Quant aux coups de base, il restent à deux niveaux de puissance. Bref, Fatal Fury 2 se voit revisité et sensiblement amélioré.
Du côté de Ryû et Ken, c'est toujours trois niveaux : rapide, moyen, fort. Par ailleurs, on remarquera l'apparition de messages indiquant le premier coup porté ou, plus intéressant, le nombre de coups enchaînés (le combo). Les coups sortent parfaitement mais aucun super coup ne vient pimenter les parties. Autre nouveauté, quand on est étourdi, il y a désormais quatre niveaux (du plus court au plus long) : les anges, les étoiles, les oiseaux et les têtes de mort. De plus, ces motifs apparaissent désormais avant que le personnage ne touche le sol, ce qui permet à l'adversaire d'adapter au mieux sa punition.
Des enchaînements des deux côtés, mieux mis en avant chez Capcom, plus de coups de base chez Capcom mais plus de coups spéciaux chez SNK, plus de liberté de mouvement chez SNK... Cette fois, il est bien difficile de départager ces deux jeux. À chacun son style, à chacun son école.

Égalité


Duck King a mis Tung Fu Rue en colère.
(Fatal Fury Special)

Balrog est entouré de têtes de mort, il est sonné pour un moment.
(Super Street Fighter II)


Enfin SNK se décide à inclure des enchaînements dans un jeu.
(Fatal Fury Special)

Sacrée différence entre l'imposant Thunder Hawk et le frêle Fei Long !
(Super Street Fighter II)

 

Autre point où Fatal Fury et Fatal Fury 2 marquaient le pas, c'était bien la durée de vie. Ici, SNK s'est montré largement plus généreux que d'habitude avec pas moins de 15 personnages. Seul, le jeu sera donc très long (jusqu'à 16 combats si on fait face à Ryô Sakazaki) et difficile, qui plus est. En effet, la machine se révèle être un adversaire retors et il faudra s'accrocher pour en venir à bout sans perdre de crédit. Les Bonus Stages de Fatal Fury 2 sont abandonnés au passage. À deux, Fatal Fury Special saura contenter de par sa générosité les amateurs de duels.
Super Street Fighter II se montre légèrement plus fourni avec ses 16 personnages de base et ne propose que 12 combats en mode solo, ce qui est moins épuisant. De plus, histoire de casser un peu la routine, il conserve ses trois mythiques Bonus Stages. Enfin, il sera moins difficile de finir le jeu, la machine étant plus accessible. En duels, il fera largement l'affaire, en tant que grand classique du Versus, offrant ici un large panel de combattants.
16 personnages contre 15 (et un seizième caché), un mode solo moins fatigant et plus varié, Super Street Fighter II remporte la manche d'une courte tête.

Super Street Fighter II


15 combattants + 1 caché, SNK a vu les choses en grand.
(Fatal Fury Special)

16 personnages du côté de chez Capcom, il y a de quoi faire !
(Super Street Fighter II)


Maîtriser les 16 Desperation Moves demandera du temps.
(Fatal Fury Special)

Le Bonus Stage des bidons est proposé après avoir battu Balrog.
(Super Street Fighter II)

 

 
Bilan
 
 



Cette fois, SNK s'impose devant Capcom. Bien que ravalée, la façade de la maison Street Fighter présente une peinture qui s'écaille et commence à accuser le poids des années. Améliorer une base éprouvée, c'est bien. C'est ce qui avait été fait pour Street Fighter II' et même par SNK ici. Il ne faut pas perdre de vue les innovations et, surtout la concurrence. SNK a retravaillé sa copie en profondeur et cette fois, malgré cette nouvelle version, malgré le puissant Capcom Play System II, malgré tout le capital sympathie que peuvent avoir Ryû et ses potes, Street Fighter est battu... de très peu.
Et que dire des intros, entre un Ryû déchaîné par une nuit d'orage ou un zoom impressionnant sur Krauser, il y a de quoi mettre en appétit.
Merveilleux jeux dans les deux cas, bravo aux deux éditeurs, et merci à eux d'avoir livré une telle guerre sans pitié.

Tarma






 
     

   




 

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