Comment se confronter à un mythe ? Voilà une question épineuse qui concerne Street Fighter II, jeu de Capcom sorti au début de l'année 1991 et très rapidement devenu une vedette, voire une cible à abattre. SNK va être le tout premier éditeur à s'y risquer avec son Fatal Fury, plus de 9 mois après. Avant il y a bien eu Street Smart en 1989, mais pas de quoi affirmer que SNK possède une expérience suffisante pour ébranler le monument de Capcom. L'argument du support est plus convaincant. En effet, Fatal Fury est développé sur Neo·Geo, système alors tout jeune et prometteur (et pour cause), alors que la terre d'accueil de Street Fighter II, le Capcom Play System, est déjà connue depuis 1988.

Si ce ne sont pas deux pionniers, on peut considérer qu'il s'agit ici des deux jeux de combat qui vont influencer toute la première moitié des années 90. Premier choc entre Capcom et SNK, premier acte d'un affrontement au long cours.

 

Fatal Fury dispose de décors très colorés qui prennent place dans la ville fictive de Southtown. Malgré quelques maladresses comme une mise en relief peu convaincante et des spectateurs repris d'un stage à l'autre, SNK a su donner corps et vie à cette ville à la fois dangereuse et fascinante. Cerise sur le gâteau, la teinte change au cours des rounds pour montrer que la nuit tombe, c'est très réussi et original ! Concernant les combattants, ils sont assez détaillés mais pas toujours du meilleur goût, comme Andy qui semble porter un pyjama.
Street Fighter II possède de son côté des décors tout autant colorés, plus nombreux (12 contre 8) et plus variés. On ne reste pas cantonné à une ville, Capcom proposant un sympathique tour du monde qui emmenera le joueur dans un dôjô au Japon, dans un temple où on vénère Ganesh, sans oublier la mythique Las Vegas, terre des parieurs. Enfin, un effet de perspective est appliqué au sol grâce à un scrolling ligne par ligne, ce qui donne une meilleure impression de profondeur. Pour les personnages, c'est à peu près pareil, on trouve un peu de tout.
À peu près équivalents au niveau qualitatif, les deux jeux diffèrent de par la variété et la quantité, ces dernières donnant l'avantage à Street Fighter II.

Street Fighter II

Non seulement la nuit tombe, mais en plus le temps tourne à l'orage !
(Fatal Fury)
Ce marché à viande en Chine est très fréquenté.
(Street Fighter II)

Attention au souffle empoisonné de Raiden.
(Fatal Fury)
Ryû contre Sagat, ou l'éternel recommencement.
(Street Fighter II)

 

Fatal Fury profite de personnages de très bonne taille, ces derniers se mouvant avec une vitesse tout à fait convenable. La décomposition des mouvements est correcte et les ralentissements sont des plus rares. Concernant les décors, le meilleur cotoie le pire avec par exemple l'océan qui fait des rouleaux dans le stage Sound Beach ou le métro aérien dans The West Subway mais également des badauds survoltés qui répètent frénétiquement des mouvements stéréotypés au possible.
Les combattants de Street Fighter II, un peu plus petits, bougent bien, avec une meilleure fluidité dans l'ensemble. Les mouvements sont plus nombreux et mieux décomposés que dans Fatal Fury. Malheureusement, des ralentissements s'invitent lors des impacts avec les projectiles et la vitesse se révèle un peu inférieure à celle du titre de SNK. Certains effets comme l'électrocution ou la combustion permettent de varier les souffrances et le visuel. Les stages sont bien animés avec les vélos dans celui de Chun-Li ou les éléphants (bruyants) chez Dhalsim mais plus statiques pour les éléments de décor.
Moins bien décomposé et moins varié pour les postures des différents personnages, Fatal Fury perd cette manche malgré sa relative rapidité et sa quasi-absence de ralentissements.

Street Fighter II

Ici le mouvement des vagues est assez bien rendu.
(Fatal Fury)
L'océan du stage de Ken est désespérément fixe.
(Street Fighter II)

Billy Kane est un adversaire particulièrement retors.
(Fatal Fury)
Dhalsim fait griller E. Honda comme une saucisse.
(Street Fighter II)

 

Fatal Fury ne connaît aucun souci particulier au chapitre du son, les mélodies sont très entraînantes et participent beaucoup à l'ambiance de ce jeu. On a même droit à des chants dans le stage de Richard Meyer. De plus, elles ne reprennent pas à zéro pour la manche suivante, alors que c'est le cas pour Street Fighter II. Les digitalisations vocales ainsi que les bruitages sont de bonne facture et se montrent assez variés.
Street Fighter II contient les thèmes qui deviendront mythiques dans le cœur de nombre de joueurs. Cependant, les musiques ont ici dans cette version Capcom Play System une fâcheuse tendance à grésiller et même à casser les oreilles si le son est un peu trop fort. Les impacts de coups sont plus percutants que chez SNK et les voix un peu moins variées, certaines resservant d'un personnage à l'autre.
Malgré la dimension mythique - et donc forcément affective - de Street Fighter II, il faut admettre que Fatal Fury se distingue avec ses mélodies plus claires et ses voix plus variées. Il n'y a qu'au niveau des bruitages que le titre de Capcom prend le dessus.

Fatal Fury

Les chants du Pao Pao Café sont carrément envoûtants.
(Fatal Fury)
Le thème de Ryû deviendra mythique au fil des épisodes.
(Street Fighter II)

Hwa Jai avale goulûment le breuvage envoyé par un sbire de Geese.
(Fatal Fury)
Certaines digitalisations vocales sont vraiment trop criardes.
(Street Fighter II)

 

Dans Fatal Fury, il y a deux coups de base (poing et pied) et une saisie, c'est tout. Concernant les coups spéciaux, ils sont assez nombreux pour chaque personnage (il y en a 4). En revanche, il faut un doigté très rigoureux pour les sortir. Il y a bien la possibilité de combattre sur deux plans, mais c'est bien difficile à gérer, l'initiative étant réservée au CPU. C'est carrément bon et plus jouable qu'un Street Fighter ou un Pit Fighter.
Le titre de Capcom fait très fort à ce niveau. Il dispose de six coups de base, avec différenciation des niveaux de puissance (faible, moyen, puissant). Chaque personnage dispose d'une (Chun-Li), de deux (Ken ou Ryû), voire de trois saisies (Honda, Zangief). Les pouvoirs spéciaux (2 ou 3 par combattant) se montrent bien plus faciles à exécuter, sans compter que Street Fighter II permet de procéder à des enchaînements de coups, luxe dont est privé Fatal Fury.
Ici, Street Fighter II est très nettement supérieur à un pourtant très correct Fatal Fury, ce dernier n'ayant que ses 4 coups par personnages et son changement de plan à opposer à son rival pour argumenter. C'est bien trop court.

Street Fighter II

Duck King évite avec aisance le Hishô Ken d'Andy.
(Fatal Fury)
Bienvenue au "Meson de la Taberna" où Vega vous fera souffrir.
(Street Fighter II)

Il faut un certain doigté pour exécuter à coup sûr les pouvoirs spéciaux.
(Fatal Fury)
Il vaut mieux ne pas trop s'approcher de Blanka dans ces moments-là.
(Street Fighter II)

 

Fatal Fury dispose d'un panel de 11 combattants... dont seulement 3 sont jouables ! SNK n'a même pas pensé à faire un mode Versus avec la possibilité de jouer Duck King, Tung Fu Rue, Raiden et consorts. Jouer à deux reviendra rapidement à tourner en rond, malgré la possibilité intéressante de combattre ensemble contre la machine. Vaincre la CPU ne sera pas chose très difficile une fois qu'on a saisi comment faire les coups spéciaux, la partie étant ponctuée par trois Bonus Stages (deux un peu différents, en fait) ainsi que les interventions de Geese Howard.
Capcom a bien habillé son Street Fighter II avec 12 personnages, dont 8 disponibles dans l'écran de sélection des combattants. Les duels, malgré l'impossibilité de prendre le même personnage, promettent beaucoup, beaucoup d'heures de pur bonheur. Quant au jeu contre la machine, il dispose de trois Bonus Stages bien différents et d'une difficulté plus progressive.
D'accord, la messe est dite, Fatal Fury est vraiment trop léger sur ce dernier point. Street Fighter II surpasse totalement son rival à ce chapitre.

Street Fighter II

Un roster bien modeste de 3 personnages dans le jeu de SNK.
(Fatal Fury)
8 combattants du côté de chez Capcom, l'écart est énorme.
(Street Fighter II)

Grand moment de tactique et de subtilité.
(Fatal Fury)
La célèbre séquence de destruction de la Lexus.
(Street Fighter II)

 

 
Bilan
 
 



La confrontation entre Street Fighter II et son tout premier prétendant vire à la correction, voire à la déculottée. Aussi bien visuellement que du point de vue du casting proposé, le jeu de Capcom ne laisse pas la moindre chance à celui de SNK. Pour enfoncer le clou, une fois le stick en main, il est inconcevable d'abandonner un monument de jouabilité pour de la raideur et des limites très vite atteintes.
Il reste à Fatal Fury son ambiance unique et sa réalisation, tout de même d'un bon niveau. Mais pas de quoi égaler Street Fighter II. Ni même l'approcher... pour le moment !

Tarma






 
     

   




 

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